Walter White (Breaking Bad), entrepreneur de l’année

Plusieurs articles se sont récemment intéressés aux enseignements que l’on pouvait tirer de la série Breaking Bad en termes de management et de leadership. Ces analyses se concentrent sur le héros de la série, Walter White.

Après avoir appris qu’il avait un cancer du poumon en phase terminale, ce professeur de chimie d’Albuquerque se lance dans le trafic de métamphétamine. Si Breaking Bad est surtout un divertissement télévisuel, j’y vois également quelques pistes de réflexion en matière de création d’entreprise et d’entrepreneuriat.

Walter White (Breaking Bad)

breaking bad

Les barrières à l’entrée n’ont jamais été aussi faibles pour se lancer dans l’entrepreneuriat

Créateur de la série, Vince Gilligan a volontairement choisi un personnage ordinaire dans une ville anonyme des États-Unis. Walter White se lance dans la production de drogue pour pouvoir payer son traitement contre le cancer. Il n’a besoin de réaliser qu’une seule fournée.

La première saison de la série souligne bien à quel point l’entrée dans l’entrepreneuriat est faite de conquêtes successives plutôt que d’un quelconque grand saut. Pour produire de la drogue, Walter White se fournit en matériel au sein du labo de physique du lycée où il travaille. Pour le spectateur, le scénario paraît ne pas tenir debout au départ, mais comme la série met habilement en scène les progrès de Walter White, on rentre dans l’histoire.

En matière de création startup, les barrières technologiques à l’entrée n’ont jamais été aussi faibles. Avec tous les outils offerts en ligne aux entrepreneurs, que ce soit pour développer leur produit ou construire leur affaire, il est très simple de se lancer. La différence entre startups se fait désormais dans la rapidité d’exécution et la capacité à tester vite, comme le fait White.

Il faut chercher à se différencier par la qualité unique de son produit

Walter White est comparé ici ou là à Steve Jobs en raison de son obsession pour la qualité de son produit. Il s’impose sur le marché avec un produit d’une pureté qu’aucun de ses concurrents ne peut égaler. Sa « Blue meth » devient la plus recherchée.

Une méthode de production proche du lean manufacturing

Pour parvenir à ce résultat, Walter White suit scrupuleusement un process qui se répète à chaque fournée. La série montre à l’envi des tâches répétitives, mais avec d’infimes variations, qui permettent d’aboutir à un produit de qualité parfaite. De nombreuses fournées sont ratées, Walter White se refuse à les vendre.

Après avoir cuisiné dans un camping-car en plein désert, White dispose d’un labo souterrain dernier cri à partir de la 3e saison. La série offre une magnifique exploration des théories en vogue du Lean startup : itérations permanentes, souci de valider ses hypothèses scientifiquement et mise en place de metrics. La pesée conclut ainsi généralement les scènes où l’on voit White et son assistant produire.

Quand on devient entrepreneur, on fait tout pour la première fois

A mesure qu’il monte dans le business, White est confronté au principe de Peter, qui veut que tout employé a tendance à s’élever à son niveau d’incompétence. Les entrepreneurs doivent apprendre à développer un spectre de compétences sans commune mesure avec ce qui est attendu de la plupart des salariés.

La série montre très bien comment l’entrepreneuriat est une succession de premières fois, où l’on apprend une compétence nouvelle faute de pouvoir faire autrement. Tuer fait partie de la carrière dans le business de la drogue, tout comme apprendre à blanchir de l’argent.

Mais être entrepreneur, c’est aussi savoir s’appuyer sur les autres et poser des questions. Walter White est l’exemple même du « product guy », il se focalise sur la réalisation d’un produit parfait. Il délègue la distribution et tout le reste en s’associant à des cartels ou en embauchant des hommes à tout faire.

On notera que la comptabilité est une tâche jugée ingrate par nombre d’entrepreneurs et pourtant elle est essentielle pour gérer son affaire. Dans la série, White finit par externaliser cette mission à sa femme, comptable de profession.

Des erreurs de recrutement nombreuses

La formation a un coût énorme dans une startup. De nombreux moments de Breaking Bad sont consacrés à la transmission de la recette de White à ses collaborateurs, jusqu’à une équipe basée au Mexique voisin.

Gale et Jesse sont profondément attachés à White, qui ne les traite que comme des employés, ce qui limite leur prise d’initiative. Or la responsabilisation et le partage de mêmes valeurs sont des éléments clés pour faire avancer une jeune société.

White recrute également trop vite, une fois dépassé son cercle de connaissances. Ses erreurs d’appréciation dans le choix des hommes conduisent à la mort d’un enfant au cours d’une opération pour détourner la cargaison d’un wagon de train de marchandises.

Le rôle clé des avocats et consultants

Saul Goodman est bien plus qu’un avocat dans la série : il s’occupe du blanchiment et de mettre au vert telle ou telle personne quand elle est recherchée. Son personnage est tellement haut en couleur qu’il pourrait faire l’objet d’un spin-off selon Vince Gilligan.

Dans la Silicon Valley, les grands cabinets d’avocats ont un rôle clé pour les startups. Ils acceptent ou non d’avancer 25000$ aux jeunes pousses en vue de leur hypothétique première levée de fonds. En France aussi les cabinets d’avocats jouent un rôle essentiel auprès des startups, ne serait-ce qu’au moment de la rédaction des pactes d’actionnaires ou même des conditions générales de vente.

Une ambition démesurée

Walter White n’estime pas être dans le business de la drogue : il revendique vouloir construire un empire. Il inonde les marchés européens dans la 5e saison, notamment la République tchèque.

Il veut également être reconnu : « Say my name » dit-il à ses concurrents dans une scène de négociation épique faite de bluff et de menaces en plein désert.

Chaque entrepreneur a ses raisons de se lancer, mais quand on apprend à connaître les gens, on découvre tout un tas de motivations ayant conduit les uns et les autres à entreprendre. La volonté de revanche après un licenciement ou un échec sentimental en fait parfois partie !

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