Quand faut-il quitter son travail pour entreprendre ? Cette décision est souvent vécue comme une étape décisive sur le chemin de l’entrepreneuriat. Pourtant, savoir quand partir pour se consacrer à temps complet à la création d’entreprise n’est pas évident.

Pour répondre à ce problème, je vous propose d’explorer librement deux livres récents. D’un côté, Startup Opportunities: Know When to Quit Your Day Job de Brad Feld et Sean Wise. De l’autre, Quitter: Closing the Gap Between Your Day Job & Your Dream Job de Jon Acuff.

Quitter son travail pour entreprendre

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Être passionné par le domaine

L’entrepreneuriat est une vocation, pas un métier. Comme le dit un golfeur célèbre, pour donner le meilleur de soi-même, il faut se consacrer à des choses que l’on aime faire.

Être passionné est une condition nécessaire pour travailler sans relâche à la réussite de son projet. C’est cette passion qui vous donnera la force de vous acharner jusqu’à ce que le vent tourne. La passion agira aussi comme un moteur pour vous fixer des objectifs à plus ou moins long terme.

Le privilège quand on est entrepreneur est en effet d’avoir la chance de rencontrer de nouvelles opportunités à mesure que l’on avance. Un groupe de musique n’a souvent qu’une seule préoccupation : avoir assez de succès pour éventuellement pouvoir faire un autre album et continuer à se produire sur scène. L’entrepreneur est plus ou moins dans la même situation : il souhaite pouvoir faire ce qu’il aime le plus longtemps possible. L’argent n’est qu’un moyen au service de cette ambition, pas une fin en soi.

Trouver le métier de ses rêves ou un domaine de prédilection pour entreprendre n’a rien d’une quête au petit bonheur la chance. Souvent, à force de tâtonnements, on se surprend à retrouver quelque chose d’enfoui pendant des années au plus profond de soi. La clé de la mégalomanie du héros de Citizen Kane, c’est la luge offerte par ses parents adoptifs pour leur premier Noël ensemble.

Pour prendre un exemple plus personnel, entreprendre m’a permis de renouer avec une passion adolescente, celle de créer des sites internet. De fait, on part rarement de zéro quand on entreprend. La création d’entreprise permet simplement d’utiliser toutes les ressources insoupçonnées que l’on a pu acquérir au fil des années.

Être capable de mettre en œuvre la solution

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Après la passion, la seconde chose la plus importante est la pratique. Sans tentative de mise en œuvre de votre rêve, vous restez dans la catégorie des aspirants entrepreneurs.

Les idées de création d’entreprise ne sont en effet pas grand-chose sans capacité d’exécution. Il ne semble pas opportun de tout quitter pour créer votre entreprise si vous n’avez pas trouvé un cofondateur capable de construire la solution à laquelle vous avez pensé sans pouvoir la mettre en œuvre faute de compétences.

Parfois, il suffit de passer quelques heures à s’auto-former pour avoir les bases suffisantes, par exemple pour créer un site WordPress. La pratique fait le reste.

Être sûr que l’on satisfait un besoin du marché

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Trop souvent, les entrepreneurs en herbe cherchent à répondre à un désir au lieu de vouloir satisfaire un véritable besoin. Ce sont des offres « sympas » à avoir pour les clients potentiels, rarement quelque chose d’indispensable pour eux. Pour prendre une analogie avec le corps humain, vous devez proposer un médicament, pas de simples vitamines. La demande doit également survivre aux modes. Cela suppose de prendre le temps de réaliser un business plan.

Votre marché doit aussi être suffisamment grand et connaître une croissance assez conséquente pour vous permettre de vous développer. Si vous allez à côté du supermarché Tang dans le 13e arrondissement de Paris, vous verrez des vendeurs ambulants installés sur le trottoir. La marée monte pour les grands et les petits bateaux.

Enfin, votre solution doit en elle-même être meilleure que celles proposées par vos concurrents déjà en place : plus rapide, moins chère, plus sûre, etc.

Pouvoir s’engager totalement

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Pour quitter son travail, il faut pouvoir s’engager totalement. Si vous avez une famille à nourrir, des crédits à rembourser ou un loyer à payer, vous devrez faire des compromis par rapport à votre idée initiale.

Le risque est de se retrouver à accepter tout et n’importe quoi pour payer les factures en attendant des jours meilleurs. Jon Acuff a le mérite de prôner une approche différente en encourageant les entrepreneurs en herbe à garder l’emploi qui les fait vivre tant que nécessaire. Pour lui, cela permet de gagner du temps dans la réalisation de votre projet à long terme. Cela évite également que vos proches vous mettent la pression quand les finances du foyer commencent à être dans le rouge.

Être en contact avec des clients potentiels

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Cela ne coûte désormais presque plus rien de tester son produit ou service auprès de clients potentiels. Encore faut-il avoir pris le soin de les identifier et d’écouter leurs attentes, comme nous apprenons à le faire avec la méthode lean startup.

Trop souvent, les entrepreneurs en herbe s’en remettent aux échos favorables de leurs proches : « tout le monde me dit que c’est formidable comme idée ». Le problème est d’obtenir des avis qui ne soient pas biaisés, au-delà du cercle de vos connaissances.

Les entrepreneurs sont même parfois persuadés que tout le monde sera intéressé par leur offre, uniquement parce que cela les passionne personnellement. Dans Better Call Saul, un exemple hilarant de ce type de situations est montré quand, persuadé de tenir une idée révolutionnaire, un inventeur fait signer au préalable à l’avocat un accord de confidentialité. Dans son garage, l’entrepreneur a en fait mis au point des toilettes parlantes, pour encourager ses enfants à être propres.

Pouvoir passer au moins six mois sans aucun revenu

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On a coutume de dire que les indemnités versées par Pôle emploi sont le principal soutien financier au développement de l’entrepreneuriat en France. Or, comme dit souvent Bill Gates, on a tendance à surestimer ce que l’on peut réaliser à court terme et à sous-estimer ce que l’on peut accomplir à long terme.

La période de vaches maigres sera sans doute plus longue que ce qui était prévu initialement dans votre business plan. Il faut pouvoir tenir au moins six mois, sinon gardez votre travail et avancez sur votre projet le soir et le week-end.

Être capable de mettre au point un produit minimum viable

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Si vous êtes incapable de créer vous-même un produit minimum viable, ne quittez pas votre travail.

Il n’est nul besoin de vous lancer sous votre nom et de risquer le courroux de votre employeur. Vous pouvez créer un site anonymement et commencer à tester votre offre. Être un anonyme à la tête d’un site inconnu permet de tout essayer sans avoir peur de l’échec. Restez dans cette situation aussi longtemps que nécessaire. Après tout, Google a utilisé ce stratagème comme le rappelle Sergueï Brin :

« Nous savions que Google s’améliorerait de jour en jour grâce à notre travail. Nous savions aussi que tôt ou tard, tout le monde essaierait notre outil. Donc notre raisonnement était de se dire que plus les gens attendaient pour tester l’outil, mieux c’était. En effet, nous avions de meilleures chances de faire bonne impression avec une technologie améliorée. Nous n’étions donc pas pressés d’avoir des utilisateurs. Demain serait mieux. »

Se préparer à travailler sans relâche

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Derrière les succès du jour au lendemain, il y a souvent des mois sinon des années de travail. Le but est d’être serein autant que possible, sinon vous passerez votre temps à vous interroger sur la nécessité de continuer ou non l’aventure. Une entreprise qui démarre cherche à survivre suffisamment longtemps pour trouver son modèle économique.

Les signes sont parfois trompeurs. Si demain vous publiez un livre, vos collègues et votre entourage seront peut-être persuadés que vous pouvez quitter votre travail et vivre de vos droits d’auteur. Dans une patrie littéraire comme la France, publier est vu comme le début d’une vie d’écriture.

Il n’en est rien et il en va de même pour une jeune structure. Un premier succès en appelle d’autres, mais ne permet pas de présager l’ampleur de la réussite à venir. Quelques mois ou quelques années plus tard, on se surprend à être vraiment lancé, avec un modèle de revenus viable dans le temps. Or, c’est seulement avec le recul que l’on comprend que tout ce temps était nécessaire pour trouver le bon chemin.

Vous n’avez pas besoin de quitter votre travail pour entreprendre quelque chose. Démarrez de là où vous êtes. Commencez avec ce que vous avez. Lancez-vous sans attendre !