Porteur de projet : abandonner ou persister

Quand faut-il abandonner une idée comme porteur de projet ? Nombreux sont les aspirants entrepreneurs qui papillonnent d’une opportunité de création à l’autre. Chaque fois qu’un obstacle surgit, ils changent de projet pour une idée nouvelle plus facile à mettre en œuvre à leurs yeux. Créer une start-up n’est jamais que le début des difficultés, or beaucoup d’entrepreneurs en herbe abandonnent leur projet de création de manière prématurée.

Dans toute vie professionnelle, savoir s’il vaut mieux s’entêter ou au contraire abandonner est capital pour mener à bien certains projets d’ampleur. Cela vaut pour les grandes orientations d’une entreprise comme pour le choix de se consacrer à une tâche plutôt qu’à une autre au quotidien. Seth Godin a consacré à ce sujet le livre The Dip: A Little Book That Teaches You When to Quit (and When to Stick). Je vous en propose un commentaire libre.

Porteur de projet : abandonner ou persister

Comprendre que les choses prennent plus de temps que prévu

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Au début, tout porteur de projet s’amuse dans ce qu’il fait. On apprend énormément de choses en quelques semaines et l’expérience est grisante. Il est donc relativement facile de persister comme tous les voyants sont au vert et que l’optimisme prévaut.

Seulement, la courbe d’apprentissage atteint rapidement un palier. Vous n’êtes plus un débutant, mais vous êtes encore très loin d’avoir les connaissances nécessaires pour franchir une étape supplémentaire et devenir un expert des problématiques que vous devez maîtriser pour réussir.

Vous êtes dans le creux de la vague. Un long travail patient et assez ingrat vous attend dès lors. L’excitation autour de vous redescend soudainement. Les proches sont moins enthousiastes et la chance du débutant vous abandonne. Les objectifs deviennent trop ambitieux et vous avez l’impression de plafonner. La tentation est alors grande de tout abandonner par frustration ou lassitude pour revenir à une vie plus tranquille.

Apprécier la situation : impasse ou précipice ?

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Dans le monde de l’entreprise traditionnelle, un PDG gravit généralement tous les échelons internes sur 25 ans de carrière avant d’atteindre le Graal, à savoir la direction de l’entreprise. Pendant toutes ces années, il a travaillé sans compter, dépassé ses objectifs, cherché à se faire bien voir des uns et des autres. A rebours, dans le monde de l’entrepreneuriat, chacun veut griller les étapes et désire « tout, tout de suite ». Mais ici comme ailleurs, il faut du temps. Après tout, les premières difficultés sont le signe que vous êtes sur le bon chemin.

Prenez un blogueur qui se lance. Même avec un rythme régulier de publication, une stratégie de référencement naturel et une participation active pour se faire connaître de sa communauté, il lui faudra de longs mois avant d’émerger. Il en va de même pour une entreprise sur un marché : de nombreux efforts doivent être consentis pour que votre cible de clients commence à vous identifier comme un acteur crédible.

Gérer les temps faibles fait partie des qualités qui permettent à un entrepreneur de durer. Un ralentissement est l’occasion de travailler davantage pour inverser la tendance. De fait, le créateur d’entreprise est persuadé que sa réussite dépend de lui seul, quand bien même un grand nombre de variables sont en jeu. Comme le dit Lebowski dans la comédie des frères Coen :

« Je n’ai blâmé personne pour la perte de mes jambes, un Chinois me les a prises durant la Guerre de Corée, mais je m’en suis sorti et j’ai réussi malgré tout »

Néanmoins, il faut se méfier de deux situations : l’impasse et le précipice. D’un côté, être dans l’impasse signifie que vous travaillez sans relâche, remettant cent fois sur le métier votre ouvrage, pour des résultats faibles. Pas grand-chose ne change, ni en bien ni en mal. Inutile de vous acharner dans ce cas car vous êtes sans doute en train de perdre votre temps. De plus, cette occupation vous distrait peut-être d’un problème à régler plus fondamental pour l’avenir de votre entreprise.

De l’autre côté, être au bord du précipice est la pire des situations : après des débuts tonitruants, la dynamique s’enraye sans raison. Vous ne pouvez pas abandonner sans chuter avec votre projet. C’est souvent le cas quand des porteurs de projet privilégient une tendance du moment plutôt qu’un sujet qui les intéresse réellement. Les exemples sont nombreux : restaurants de sushis, boutiques de cigarettes électroniques, etc. Le jour où la mode change, vous avez peu de possibilités pour vous retourner.

Abandonner certaines activités au bon moment

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Dans l’idéal, pour limiter la tentation d’abandonner, il vaut mieux avoir prédéfini un certain nombre de raisons d’arrêter avant même de se lancer. Dans votre business plan, l’analyse des risques doit ainsi vous permettre d’anticiper la gravité de tel ou tel événement pour la réussite de votre projet.

Pour prendre une comparaison sportive, les marathoniens expérimentés décident en amont de la course dans quelles conditions ils abandonneront. En effet, s’ils s’en remettaient à leurs sensations sur le moment, il y aurait toujours une bonne raison de renoncer à achever l’épreuve entre la météo, les douleurs physiques, la déshydratation, etc.

Comme le souligne Haruki Murakami dans Autoportrait de l’auteur en coureur de fond :

« En ce qui me concerne, la plupart des techniques dont je me sers comme romancier proviennent de ce que j’ai appris en courant chaque matin. Tout naturellement, il s’agit de choses pratiques, physiques. Jusqu’où puis-je me pousser ? Jusqu’à quel point est-il bon de s’accorder du repos et à partir de quand ce repos devient-il trop important ? Jusqu’où une chose reste-t-elle pertinente et cohérente et à partir d’où devient-elle étriquée, bornée ? Jusqu’à quel degré dois-je prendre conscience du monde extérieur et jusqu’à quel degré est-il bon que je me concentre profondément sur mon monde intérieur ? Jusqu’à quel point dois-je être confiant en mes capacités ou douter de moi-même ? »

Ainsi, au moment où vous songez à arrêter un projet, il convient de se poser trois types de questions :

– est-ce que je réagis dans un moment de panique ?

Il vaut mieux laisser retomber les choses plutôt que de prendre une décision hâtive. Prenez le temps de réfléchir à tête reposée et écrivez les seules raisons valables qui pourraient vous conduire à arrêter. Parlez à des personnes totalement extérieures au projet. Reprenez votre liste chaque fois que vous avez un doute.

– qui est-ce que j’essaye d’influencer ?

La tentation de tout arrêter peut provenir d’une tentative infructueuse jusque-là. Il peut s’agir d’une difficulté à convaincre un client ou à trouver votre niche de marché. Si vous avez passé la matinée à appeler des prospects et que vous n’avez essuyé que des refus, il est normal d’être découragé. Mais le commercial un peu expérimenté sait que ses chances augmentent à chaque tentative : le prochain appel peut se traduire par une vente.

– est-ce que mes progrès peuvent être mesurés d’une manière ou d’une autre ?

La mise en place d’indicateurs est la clé de voûte de la stratégie de monétisation que nous recommandons. On peut soit être en avance, soit être en retard, soit être stable par rapport à des objectifs prédéfinis. Pour pouvoir espérer rencontrer le succès, il faut qu’il y ait une lumière au bout du tunnel, même si elle est faible et difficile à deviner.

Accepter de sortir de l’ordinaire

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Trop souvent, croyant que l’on sera un jour enfin récompensé de tous les efforts consentis, on préfère s’accrocher plutôt que de renoncer. S’il n’y a aucun progrès dans le temps, c’est un immense gâchis pour vous en termes de coût d’opportunité. Vous pourriez sans doute faire beaucoup mieux en utilisant votre temps à autre chose.

Pour mettre votre travail à distance et pouvoir juger avec plus de netteté les chances de réussite de votre projet, il faut à tout prix accepter de sortir de l’ordinaire.

Les entrepreneurs apprennent à reconnaître leurs sources d’angoisse comme des opportunités : quelque chose qui vous effraie pourrait être une bonne piste à explorer. Il est en effet très facile de se complaire dans une certaine routine de travail plutôt que de s’atteler aux défis qui pourraient relancer la machine.

Se focaliser sur sa valeur ajoutée

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Le livre de Seth Godin s’ouvre sur une phrase amusante : « être le meilleur au monde est vraiment sous-estimé ». À longueur d’années, un des grands principes de son œuvre demeure : il faut savoir se concentrer sur ce que l’on fait de mieux pour sortir du lot. Cultivez ce qui vous rend unique par rapport à la concurrence et lancez-vous sans attendre !