Occuper ses journées comme entrepreneur

Le lieu commun veut que l’entrepreneur soit l’exemple même de la personne débordée. Pourtant, occuper ses journées de manière satisfaisante est loin d’être une évidence pour le créateur d’entreprise.

Occuper ses journées comme entrepreneur

Big-Bang-Theory

Apprendre à gérer son énergie, plutôt que son temps de travail

L’entrepreneur qui démarre doit d’abord apprendre à se fixer lui-même un rythme de travail. Une certaine discipline est ainsi nécessaire pour réaliser un business plan soi-même le soir et le week-end, en marge d’une activité professionnelle salariée.

Pour le créateur d’entreprise qui se retrouve du jour au lendemain à devoir organiser ses journées, on découvre assez vite que le problème n’est pas tellement de faire ses heures comme un salarié lambda. L’enjeu est bien davantage de connaître son propre rythme et d’identifier les moments de la journée où l’on a le plus d’énergie pour accomplir certaines tâches.

Il est amusant de voir que beaucoup de fondateurs de start-ups commencent à structurer leurs journées de travail à partir du moment où ils ont des stagiaires sous leur responsabilité. D’autant que pour accueillir des stagiaires, il faut des locaux professionnels, ce qui met fin au mélange permanent des genres pour ceux qui entreprennent depuis leur appartement.

Savoir reconnaître les tâches qui ont le plus de valeur ajoutée pour le projet

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Même pour celui qui a l’impression d’avancer, il est relativement simple d’oublier à quel point un entrepreneur en herbe peut occuper ses journées avec des choses qui ressemblent à du travail. Après tout, faire de la veille sur les réseaux sociaux, surveiller ses concurrents ou aller à des événements pour réseauter peut apparaître comme du travail.

Mais il convient de s’interroger régulièrement sur la valeur créée par toutes ces activités périphériques. Assister à un événement peut être important pour vous, notamment si vous y allez avec un but précis : solliciter tel ou tel intervenant, avoir des retours, trouver des compétences, etc.

Or, que vous soyez à San Francisco, Londres ou Paris, quasiment tous les soirs vous avez la possibilité d’assister à un événement. Sans but précis autre que de passer une tête, on se retrouve rapidement à discuter du futur, des possibilités ouvertes par telle ou telle technologie et de rêves bientôt réalisables. Au final pourtant, chacun rentre chez soi bien gentiment, comme les habitués du bar du coin.

« Toujours en mouvement est l’avenir », Maître Yoda

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Comme dit Alan Kay, il est plus simple d’inventer l’avenir plutôt que chercher à le prédire. La priorité devrait donc toujours être mise sur l’amélioration du produit ou du service et sur le développement des ventes.

En fonction de votre rôle, votre mission essentielle au sein de la start-up peut varier, mais c’est à vous d’analyser froidement comment sont remplies vos journées. Parfois, on a l’impression d’avoir eu une journée particulièrement chargée, mais quand on regarde de plus près on réalise que pas grand-chose n’a avancé.

On peut s’amuser de savoir que les cadres d’entreprise passent en moyenne 16 ans de leur vie en réunion, mais on a vite fait de meubler son maigre temps disponible en rendez-vous professionnels à honorer aux quatre coins de la ville. Jeff Bezos a souvent tourné en ridicule ces réunions dès lors qu’on s’y plaît à planifier abstraitement les choses alors que l’environnement est particulièrement instable et changeant pour une startup.

Commencez, c’est tout ce que vous pouvez faire

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Il est relativement simple de se limiter à ce que les gens racontent sur leur création d’entreprise. C’est grisant intellectuellement de faire des conjectures sur le papier, de discuter à n’en plus finir de stratégie. Mais il est souvent beaucoup plus efficace d’écouter ce que font les gens concrètement.

Souvent, l’esprit papillonne d’idées en idées, on prétend attendre l’inspiration, on reste paralysé face à l’ampleur de la tâche et au final, le projet reste au point mort.

À l’inverse, il est bon d’imaginer quelqu’un capable de rester focalisé sur son travail, cherchant en permanence à s’améliorer et à finir en temps et en heure les objectifs qu’il se donne. Si l’on prend la phase de l’étude de marché, il vaut mieux remplir un canevas de business plan en se fixant des délais plutôt que d’avancer quand l’envie vous prend. Il sera toujours temps de faire évaluer son projet de création d’entreprise par un professionnel.

La barrière qui sépare l’aspirant entrepreneur de l’entrepreneur tient souvent à cette capacité à faire les choses. Dès lors que l’on est dans l’exécution d’une idée de création d’entreprise, il est possible de dire où on en est sans se réfugier derrière des accords de confidentialité ou autres dépôts de brevets en cours. La valeur ajoutée vient de votre capacité à exécuter. Les premières vraies difficultés arrivent généralement en même temps.

Mais c’est aussi à partir de là que le plaisir n’est plus seulement celui d’élaborer un château en Espagne, mais bien de voir son projet prendre vie. C’est aussi à vous d’apprendre à sentir les moments où vous êtes improductif, pour effectuer des tâches secondaires, afin de garder votre temps le plus précieux pour vos activités créatives les plus exigeantes.

Apprendre à apprécier le travail terminé

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Certains aspirants entrepreneurs sont convaincus de s’être fait dérober tous les meilleurs concepts de société. Ils revendiquent la paternité de la dernière application à la mode, sont pris d’un délire d’entrepreneur de génie à qui on a tout volé et se disent découragés, s’abritant derrière des poncifs entendus ailleurs (pression fiscale, frilosité des investisseurs, mentalité française, etc.).

Les autres vont au-delà du dépôt de nom de domaine, de la mise en place d’une page de lancement et de la création d’un compte Twitter et d’une page Facebook. C’est ce qui s’appelle assez bêtement avoir de la suite dans les idées.

Tous les prétextes sont bons pour esquiver le moment où il faut mettre les mains dans le cambouis. Finir les choses en temps et en heure suppose de prendre goût à des tâches ingrates au premier abord.

La valeur que vous pouvez retirer de vos journées dépend aussi fortement des indicateurs qui vous préoccupent pour évaluer vos progrès. Si vous êtes focalisé sur des métriques de vanité (pages vues, fans Facebook), vous passerez du temps à essayer d’améliorer ces chiffres. Si vous mesurez le nombre de personnes rencontrées, vous passerez vos journées à enchaîner les rendez-vous au petit bonheur la chance. Si en revanche vous regardez du côté des moyens d’augmenter votre chiffre d’affaires, sans doute que vous passerez moins de temps à surveiller vos likes.

Une règle simple peut vous aider à avancer. Essayez par exemple de finir convenablement une seule chose par jour. Il sera toujours temps d’en commencer une autre pour le lendemain s’il vous reste du temps. Cela vous évitera d’avoir des listes de tâches longues comme le bras qui sont à la fois décourageantes et déresponsabilisantes.

Découvrir toujours quelque chose de nouveau

Comme le dit Kasparov au moment de parler de son caractère par rapport à son rival Karpov, « je suis plus émotionnel, prêt à prendre des risques. C’est mon style. Pour moi, la vie, c’est une tentative de découvrir toujours quelque chose de nouveau. ».

Il convient de ne pas se reposer sur ses lauriers lorsque l’on a l’impression d’avoir achevé quelque chose d’important. Souvent, il faut du temps pour que le travail effectué porte ses fruits. Il ne faut pas rester planté à attendre de connaître comment votre labeur sera accueilli.

Personne ne vous attend et en étant obsédé par le résultat de votre travail, vous allez au-devant de grandes désillusions. Autant engager tout de suite un autre projet avant même d’avoir fini une tâche qui vous a mobilisé pendant longtemps. Un auteur commence généralement un autre livre au moment de livrer un manuscrit à son éditeur.

C’est à vous d’apprendre à passer à autre chose. Cela vous permettra de vivre une joie profonde si votre travail est bien reçu ou au contraire de limiter votre dépit s’il faut vous remettre à l’ouvrage. Trop souvent, à la manière d’un artiste, l’entrepreneur se perd en inquiétudes à force de sur-interpréter les choses. Même si vous rencontrez l’échec, vous en retirerez quelque chose.

A vous d’être borné pour tenir suffisamment longtemps. A vous également d’apprendre à rester vous-même. A la manière d’un golfeur, chaque entrepreneur a un swing particulier comme dirait Steven Pressfield, c’est-à-dire une identité, un caractère et une personnalité. C’est ce qui rend l’entrepreneuriat si épanouissant.

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