Le métier d’écrire selon Stephen King

Nous avons appris ensemble comment vendre un produit numérique, il est temps de réfléchir au processus de création, en commençant par le métier d’écrire. Publier un livre est en effet un rêve pour beaucoup de blogueurs. On l’oublie parfois, mais réaliser un business plan est d’abord un travail d’écriture pour le créateur d’entreprise. Dans un cas comme dans l’autre, il est facile de remettre le projet d’écrire à plus tard, faute de méthode et d’organisation pour mener à bien cette tâche ambitieuse.

Le métier d’écrire selon Stephen King

Dans Écriture : Mémoires d’un métier, Stephen King revient sur sa vie de travail et donne des conseils à celui qui voudrait se consacrer à l’écriture. Je propose un commentaire libre de ce livre qui intéressera à n’en pas douter blogueurs et entrepreneurs en herbe.

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Ecrire pour le plaisir

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Stephen King raconte très bien son besoin impérieux d’écrire pour se sentir heureux. En 1999, il est renversé par une fourgonnette. Il passe de longs mois en rééducation. L’écriture lui sert alors à reprendre goût à l’existence. De fait, il a toujours considéré que l’art doit être au service de la vie et non l’inverse. Afin de garder ce principe en tête, il recommande d’installer son bureau pour écrire dans le coin d’une pièce plutôt qu’au centre.

Pour améliorer sa manière d’écrire, il faut d’abord lire énormément. Stephen King explique qu’il a toujours un livre avec lui, en version papier ou audio. Avec un téléphone ou une tablette, vous avez aujourd’hui la possibilité d’emmener partout avec vous votre bibliothèque personnelle. L’essayiste Jeff Goins raconte qu’il arrive à lire trois ou quatre livres par semaine dans ses moments d’oisiveté. Les podcasts sont aussi une bonne manière d’apprendre tout en faisant autre chose.

En lisant et en découvrant des idées nouvelles, votre esprit est stimulé et vous serez dans des conditions idéales pour passer à l’écriture. Comme le souligne Stephen King, si vous n’avez déjà pas le temps de lire, inutile de songer à écrire.

Ensuite, il convient de s’imposer une discipline d’écriture au quotidien et ne pas attendre que l’inspiration vienne. Après tout, écrire ne devrait pas être une torture. Marié et père d’une petite fille, Stephen King trouve toujours le temps d’écrire des nouvelles, bien qu’il cumule son poste d’enseignant avec un travail dans une blanchisserie industrielle l’été pour joindre les deux bouts. Pendant deux ans, il vit avec sa famille dans une caravane. A aucun moment, il ne renonce à écrire.

Comme le signale Seth Godin, l’angoisse de la page blanche est née avec la professionnalisation du métier d’écrivain. Si vous ne savez pas sur quel thème écrire, partez de la dernière chose que vous avez eu l’occasion d’apprendre.

Certes, Stephen King reconnaît l’existence d’une muse de l’écriture, mais il explique qu’il faut aller la chercher par un travail quotidien, plutôt que d’attendre qu’elle tombe du ciel. Cela suppose de se donner un objectif et de s’y tenir, sinon la tentation de faire autre chose qu’écrire sera trop grande.

Pour vous placer dans les meilleures dispositions, apprenez à repérer les habitudes qui vous permettent de vous concentrer entièrement sur votre travail. Stephen King s’isole dans son bureau et met du hard rock pour écrire.

S’imposer des contraintes de temps est aussi une possibilité. Auparavant, un artiste devait arriver en studio parfaitement prêt pour rentabiliser les heures de location. Désormais, comme il est relativement simple d’installer un studio d’enregistrement chez soi, cette contrainte a disparu, changeant le rapport à l’enregistrement pour certains musiciens.

Ne pas trop faire durer la recherche documentaire

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Stephen King commence toujours par trouver une situation initiale. Pour son premier livre, Carrie, qui connaît le succès et lance la carrière de l’écrivain, King associe deux idées grâce à ses lectures du moment. D’un côté, il se souvient des adolescents rejetés par leurs camarades lorsqu’il était au lycée. De l’autre, il lit avidement tout ce qu’il peut trouver sur la télékinésie. Enfin, il prend un moment fondateur dans la vie d’une adolescente : les premières règles.

Après la situation viennent les personnages. La description est pensée pour donner juste de quoi nourrir l’imagination du lecteur : deux ou trois détails suffisent à poser une atmosphère.

Stephen King fait généralement un premier brouillon en se basant uniquement sur ce qu’il connaît. Il n’a pas de scénario préétabli, se laissant guider par son imagination. D’autres romanciers ont besoin de se constituer un important dossier documentaire. Aurélien Bellanger revendique l’usage de Wikipédia, quitte à assommer le lecteur avec des interludes techniques sur l’histoire de l’informatique dans La théorie de l’information. Pour les essayistes, Jeff Goins explique comment il utilise Evernote pour organiser ses recherches.

Comme blogueur, j’aime conserver une certaine fluidité dans mon rythme d’écriture. J’ai donc tendance à mettre des notes pour moi-même entre parenthèses quand une référence me manque ou qu’il me faut compléter un paragraphe. Cela me permet d’écrire ce que j’ai en tête jusqu’au bout et d’avoir à la fin un premier texte exploitable.

En effet, vous risquez de perdre le fil si vous vous interrompez sans cesse pour faire des recherches. Pire, vous pourriez vous réfugier derrière l’argument qu’il vous faut davantage d’éléments. Un peu comme un entrepreneur qui accumule les données sur son marché sans réussir à se mettre à l’écriture de son business plan.

Comme le dit Stephen King, garder le rythme initial permet d’éviter de commencer à douter de soi-même. Pour lui, cela suppose d’écrire tous les jours, sinon il lui est de plus en plus difficile de donner vie à ses personnages. Son excitation de raconter une histoire diminue aussi.

Comme pour tout autre projet ambitieux, il s’agit de découper le travail en petits blocs : ce qui paraissait impossible devient alors réalisable. King s’efforce par exemple d’écrire 2 000 mots par jour sur des périodes de trois mois pour atteindre la taille d’un manuscrit de 180 000 mots.

Toujours dans l’optique de ne pas être freiné dans son écriture, Stephen King recommande le recours à des phrases courtes, avec un vocabulaire compréhensible. Le risque en effet est de sonner faux si vous commencez à employer des termes compliqués. L’écrivain américain a deux ennemis déclarés : les tournures passives et les adverbes. Seth Godin a donné récemment des exemples amusants du vocabulaire utilisé par certaines entreprises pour communiquer avec leurs clients.

Laisser reposer son texte initial

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Une fois parvenu à un premier brouillon, il faut se détacher de son texte, le temps qu’il devienne étranger à soi. Cette pause est aussi un moyen de reposer son esprit et son imagination après les avoir mis à contribution. Généralement, si vous commencez à écrire tous les jours, les idées fusent dans votre tête, vous avez du mal à tout noter et cette excitation peut se transformer en surchauffe. Stephen King explique qu’entre deux longs manuscrits, il aime écrire des nouvelles.

De manière amusante, c’est la publication de mon premier livre, Adelma, qui m’a conduit à vouloir créer ma propre plateforme en ligne pour continuer le chemin entrepris. Il faut aussi dire qu’après avoir accouché d’un manuscrit, écrire des billets courts apparaissait comme très stimulant.

Cette période de repos vous permet aussi de réfléchir au thème général de ce que vous avez écrit. Stephen King fait de longues marches, jusqu’au moment où il a une illumination et comprend ce qu’il a voulu créer. Il n’y a en effet qu’a posteriori que vous pouvez prendre conscience de ce qui relie différents points entre eux. C’est le moment où l’essayiste écrit son introduction : il est désormais capable de synthétiser son travail.

Eliminer 10 % du texte lors de la relecture

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Au moment d’écrire un premier brouillon, il faut éviter de faire des corrections, toujours dans la logique de garder le flux de créativité du début.

Le travail de relecture peut commencer une fois que vous avez pris le recul nécessaire. Sir Arthur Quiller-Couch soulignait qu’il ne faut pas hésiter à « tuer ses bien-aimés » : tout ce qui ne fonctionne pas doit être supprimé. Comme vous avez laissé reposer les choses, le texte est devenu ni tout à fait le vôtre ni tout à fait celui d’un autre : vous pouvez l’apprécier avec davantage d’objectivité. Pour King, ce repos permet de voir les incohérences dans l’histoire et les personnages.

L’important est de faire cette relecture en aussi peu de fois que possible, pour avoir une homogénéité dans les modifications que vous faites. Focalisez-vous sur les fautes d’orthographe et les coquilles.

Ensuite, éliminez tout ne ce qui n’est pas au service du propos. En supprimant au moins 10% de votre texte, vous le rendrez généralement plus dynamique.

Attendre le bon moment pour solliciter des avis extérieurs

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C’est seulement au terme de ce travail que vous pouvez commencer à solliciter des avis extérieurs. Stephen King s’en remet à sa femme comme première lectrice : « Ecrire est un exercice solitaire. Avoir quelqu’un qui croit en vous fait une sacrée différence ». Les trois premières pages de Carrie avaient terminé à la poubelle, c’est la femme de King qui l’incite à continuer à écrire après être tombée dessus.

Il n’est pas possible de satisfaire tout le monde, mais il faut au moins qu’une partie des lecteurs apprécie votre travail. Stephen King a pour habitude de distribuer son manuscrit à six ou huit personnes. Si quelque chose revient d’un lecteur à l’autre, c’est que vous avez un problème et que vous devez faire les modifications nécessaires.

Méfiez-vous des critiques non spécifiques : non seulement elles ne vous aident pas pour améliorer votre travail, mais en plus elles peuvent vous blesser. Le pire est que ce genre de retour est fait dans une relative inconséquence. Si vous reparlez avec la personne quelque temps après, elle aura oublié ou prétendra ne pas l’avoir dit. Il n’y a que vous qui êtes responsable en dernier ressort de votre travail, ne laissez pas les autres projeter leurs propres obsessions sur votre œuvre.

Au moment de publier, si l’on vous reproche de gâcher votre talent et de perdre votre temps, souvenez-vous que Stephen King a toujours entendu cela de la part de ses instituteurs et des responsables de journaux littéraires, avant d’être méprisé par la critique et le milieu universitaire. Il a continué, tout simplement parce que son métier est d’écrire. « Bon qu’à ça » disait Samuel Beckett.