L’entrepreneur est un éternel insatisfait. Sa propension à être malheureux est extrêmement forte, pris qu’il est dans l’ascenseur émotionnel que représente toute aventure entrepreneuriale. Il est assez désespérant de savoir que certains de nos modèles en matière d’entreprenariat commencent leur journée en consultant leurs ventes, comme au premier jour. Mais plusieurs éléments peuvent particulièrement miner le moral de l’entrepreneur, notamment de celui qui se lance pour la première fois.

De l’art d’être malheureux comme entrepreneur

De l'art d'être malheureux comme entrepreneur (13)

Se comparer aux autres

J’ai régulièrement ici évoqué les risques qu’il y avait à se comparer aux autres. Commençons par la concurrence. Cela peut être une source de motivation pour une équipe de savoir qu’elle doit faire mieux que d’autres. Même sur des marchés à défricher, si on fait relativement bien son étude de marché, on s’aperçoit assez vite qu’il y a déjà une concurrence. On arrive rarement avec quelque chose entièrement neuf. Il y avait déjà des librairies en ligne quand Amazon s’est lancé au milieu des années 1990.

Comme le dit justement Jeff Bezos, il est inutile de s’inquiéter de la concurrence car de toute façon elle ne va pas vous envoyer d’argent. Il vaut mieux être préoccupé par la conquête et la satisfaction de ses premiers clients.

L’autre danger des comparaisons est de s’enfermer dans des objectifs chiffrés qui n’ont peut-être aucun sens pour votre business : c’est tout l’enjeu de la définition de bons indicateurs pour votre activité. Il est important d’avoir des éléments de comparaison en tête, mais il faut qu’ils vous aident à progresser, pas qu’ils vous démotivent.

Evitez la presse spécialisée sur l’entreprenariat et faites un gentil sourire quand votre belle-mère vous parle de Xavier Niel. Il n’est toutefois jamais inutile de remonter à l’histoire du minitel. L’essentiel est que vous ayez fait le choix de participer à la plus belle aventure de notre temps : internet et ses déclinaisons. La réussite de quelques entrepreneurs médiatiques et souriants fait vendre car tout paraît simple quand on raconte une histoire a posteriori. Il faut bien faire rêver le salarié entre deux matchs de coupe du monde.

Enfin, vis-à-vis du monde réel, celui des comités d’entreprise et des congés payés, des demandeurs d’emploi et des profils LinkedIn en « recherche active », soyez humble. Faites comprendre que vous avez toute la vie pour que cela marche, même si vous avez conscience que cela peut avoir un impact sur d’autres sphères de votre vie, mondaine ou sentimentale notamment. Pour être persuadé d’être en mission sur le long terme, il vaut mieux prendre le temps de réfléchir sur vos objectifs dans la vie.

Dépenser l’argent des autres

De l'art d'être malheureux comme entrepreneur (9)

Si vous avez la chance de lever des fonds ou de convaincre vos proches de miser sur vous plutôt que sur votre projet, vous pouvez être malheureux rien qu’à l’idée du fardeau qui pèse sur vos épaules.

En matière de financements, la meilleure solution reste de trouver des clients. Si vous n’avez pas de business model, n’ayez aucune honte à vous inspirer de celui d’un acteur établi. Si cela fonctionne pour lui, il y a de fortes chances pour que cela marche pour vous aussi, même après quelques ajustements.

Essayez d’être le plus frugal possible au moment de choisir là où vous voulez dépenser votre argent. Si vous ne voulez pas être plumé par une agence de développement informatique, prenez un développeur ou un designer en direct. Cela vous évitera d’avoir investi toutes vos économies avant même de lancer l’application mobile de vos rêves.

Chassez les dépenses qui seraient courantes si vous étiez dans une entreprise établie. Vous n’avez pas envie de passer vos soirées avec des chasseurs de cartes de visite. Les gens vous retrouveront via LinkedIn s’ils ont envie de travailler avec vous.

Ne pas prendre de plaisir dans l’aventure elle-même

De l'art d'être malheureux comme entrepreneur (8)

Ce qui est amusant dans l’entreprenariat c’est qu’il n’y a pas de destination, même si on passe son temps à s’imaginer quand les soucis seront derrière nous. En réalité, ils changent de nature à chaque étape de la vie de l’entreprise. Le premier client, les premiers partenariats, le premier recrutement, le premier licenciement, le premier rachat… Il faut apprendre à célébrer les petites victoires, car c’est ce qui fait le sel de l’entreprenariat.

Si vous voulez tout et tout de suite, vous aurez du mal à tenir le coup dans la durée. Apprécier l’aventure pour ce qu’elle est permet aussi de prendre du recul par rapport aux choses. Où est-ce que j’en suis ? Quel est le chemin parcouru ? Qu’est-ce que j’aimerais changer ?

Attendre au lieu d’initier les choses

De l'art d'être malheureux comme entrepreneur (15)

Il faut bien voir en effet que la situation va s’améliorer peu à peu si vous apprenez de vos erreurs. Même si n’on est jamais à l’abri d’un succès fulgurant, il n’y a guère de miracles. Nous l’avons déjà vu au moment d’envisager comment occuper ses journées comme entrepreneur, il convient d’avoir un biais pour l’action.

Autrement, l’esprit ayant horreur du vide, on en vient rapidement à refaire le monde et à s’apitoyer sur son sort, sans réaliser que c’est un cercle vicieux. En quelque sorte, vous vous tirez une balle dans le pied. Rien n’avance pendant ce temps-là et vous n’augmentez pas vos chances d’inverser la tendance.

Permettre à d’autres de fixer vos priorités

De l'art d'être malheureux comme entrepreneur (1)

J’ai déjà dit à plusieurs reprises combien l’entreprenariat était d’abord et avant tout un certain rapport à la liberté. Bien sûr que les choses paraissent confuses quand on se lance dans l’entreprenariat sans trop savoir. Essayez de prendre les choses froidement, en réfléchissant à un cadre qui vous permet de minimiser les regrets que vous pourriez avoir plus tard si vous n’aviez pas suivi le chemin de l’entreprenariat. L’important est de donner au destin une destination comme dit le dessinateur Tomi Ungerer, peu importe si vos priorités changent avec le temps.

Après, il faut être patient avec vous-même. Sachez que les proches sont vos pires ennemis dans la phase de butinage qui précède la réalisation d’un business plan. Mais sur le long terme, ce sont vos plus sûrs alliés, car ils seront toujours là pour écouter vos jérémiades et s’enthousiasmer de vos réussites.

Se plaindre auprès de ceux qui tendent l’oreille

De l'art d'être malheureux comme entrepreneur (10)

Beaucoup d’entrepreneurs dérivent facilement sur leurs problèmes extra-professionnels voire sentimentaux, même quand on ne leur a rien demandé. Un bon compromis consiste à être le plus sincère possible avec ses associés, notamment dans les engueulades, et à ne rien laisser paraître de vos inquiétudes en public. C’est évidemment différent lorsqu’il s’agit de solliciter un mentor ou le conseil d’un expert : il a besoin de votre franchise pour pouvoir vous aider.

En revanche, adoptez la méthode Coué vis-à-vis des personnes naturellement négatives dans votre entourage. Comme on voit dans les zoos canadiens : PLEASE DON’T FEED THE BEAR. Vous êtes déjà suffisamment déprimé comme cela, il est inutile de donner le bâton pour se faire battre. De manière générale, essayez de vous entourer de personnes positives et éliminez à mesure les personnes qui se plaignent. Un indice : ce sont généralement des salariés qui réalisent que tout n’est pas rose dans le monde du travail. Après tout, vous n’avez pas choisi l’entrepreneuriat pour revivre les tensions hiérarchiques d’une entreprise normale. Il y a Mad Men pour cela.

Refuser de se mettre en danger

De l'art d'être malheureux comme entrepreneur (4)

Le propre de l’entrepreneur est de toujours considérer qu’il peut améliorer les choses. Je ne crois guère à la semaine de 4 heures et aux nomades digitaux qui mettent en place un système pour avoir des revenus passifs tout en profitant de la vie. Comme si le bonheur d’entreprendre se résumait à prendre de l’argent comme on fait de l’essence pour parler comme en Wallonie. Tim Ferriss doit se fatiguer lui-même à force d’entreprendre de nouveaux projets. « Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre » disait Pascal. Il faudrait ajouter « ni sur une plage ».

Ce n’est pas parce que le stress vous rend malheureux qu’il faut abandonner votre projet. Faites de cette inquiétude un élément supplémentaire de votre motivation. Cassez la routine, cela vous aidera à avoir des idées nouvelles. Partez en week-end dans une ville étrangère, vous découvrirez des ressources inattendues chez vous. Faites des choses différentes avec vos associés, cela ressoudera l’équipe. Sortez de votre bureau pour aller rencontrer ces clients qui vous terrorisent tellement. C’est en se mettant en danger que l’on peut prendre conscience de ses forces. Ne soyez pas malheureux, le pire n’est jamais sûr.