Franchir les obstacles comme entrepreneur est un apprentissage quotidien. Il y a en effet des semaines plus difficiles que d’autres. Certains jours, les ennuis s’accumulent. On parle à raison de l’ascenseur émotionnel qui fait le sel de toute aventure entrepreneuriale. Or la plupart des livres consacrés au management ou à l’entrepreneuriat se contentent d’évoquer des bonnes pratiques pour éviter que des problèmes se posent. Rarement il est question des situations où l’entrepreneur s’est trompé et doit rectifier le tir.

Ben Horowitz s’attache précisément à ces cas de figure dans The Hard Thing About Hard Things: Building a Business When There Are No Easy Answers. C’est d’abord un témoignage de première main qui est donné sur l’émergence de la Net économie dans la Silicon Valley à la fin des années 1990. La première partie du livre est en effet un récit des aventures entrepreneuriales successives de Ben Horowitz :

La deuxième partie du livre cherche à tirer des enseignements des situations complexes dans lesquelles Ben Horowitz a dû prendre des décisions comme entrepreneur. Le tout dans un contexte très défavorable pour lever des fonds, avec l’explosion de la bulle Internet en mars 2000 et de nombreuses faillites parmi les startups technologiques innovantes. Je commente librement certaines idées du livre de Ben Horowitz, en m’appuyant aussi sur The Obstacle is the Way: The Ancient Art of Turning Adversity to Advantage de Ryan Holiday.

Franchir les obstacles comme entrepreneur

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Ne pas être trop positif

Marc Andreessen s’amuse de la situation de l’entrepreneur : « il ne ressent jamais que deux émotions : l’euphorie et la terreur ». Une petite victoire peut immédiatement être chassée par une mauvaise nouvelle, dans un cycle permanent relativement déstabilisant pour l’entrepreneur en herbe.

Horowitz rappelle que vis-à-vis de l’extérieur les entrepreneurs ont la fâcheuse habitude de présenter les choses sous leur meilleur jour. Les médias sont friands de « success stories », les événements pour entrepreneurs sont remplis de personnes pour qui tout semble rouler et on peut très vite avoir l’impression d’être un entrepreneur raté dans ce monde merveilleux.

S’il est bon de sauver les apparences en public en présentant votre projet comme formidable, il est dangereux de finir par croire que tout va bien à force de vendre son idée sous forme de pitch à longueur de journées.

Pour éviter d’être trop soumis à l’ascenseur émotionnel de l’entrepreneuriat, on peut chercher à accueillir les nouvelles comme elles viennent. Une avancée positive est une étape à relativiser sur le long chemin de la réussite. Un échec peut déboucher sur de nouvelles opportunités. Dans l’approche lean startup, quelque chose qui échoue constituera peut-être une caractéristique clé du prochain produit ou service que vous testerez sur le marché.

Comme les philosophes stoïciens embrassent le destin, il est souhaitable de cultiver une certaine gaieté en toute circonstance, même dans les situations les plus inextricables. Dès lors que vous décidez de créer votre entreprise, vous n’avez d’autre choix que de donner le meilleur de vous-même. Vous êtes sorti du rang pour vivre de votre passion, donc il est trop tard pour reculer.

Comme le dit Marc Andreessen, « les choses sont toujours plus sombres avant d’être totalement noires ». Il faut donc guetter les signes annonciateurs des difficultés.

On peut aussi chercher à les anticiper. Le business plan reste le meilleur moyen de cartographier tous les risques potentiels d’un projet de création et d’envisager des solutions pour y remédier à l’avance. On appelle cela un scénario pre-mortem. Sénèque anticipe tout ce qui peut mal se passer avant de prendre la mer.

Imaginer le scénario du pire permet aussi de se rassurer et de considérer les problèmes sous un angle nouveau. C’est à partir du moment où Ben Horowitz commence à envisager la faillite comme inévitable qu’il réalise qu’après l’échec il aimerait repartir avec un des produits développés par la société. Une fois ce raisonnement effectué, il commence à se dire qu’il pourrait éventuellement faire pivoter son entreprise sans avoir à déposer le bilan. C’est ce qu’il fera en passant d’une société d’infrastructure informatique en nuage à une offre de logiciels.

Horowitz rappelle que de fait la mission d’un entrepreneur dépend fortement du contexte concurrentiel dans lequel sa société évolue. Quand Steve Jobs revient chez Apple au bord de la banqueroute, il est en situation de chef de guerre : il y a peu de place pour la créativité individuelle des salariés en dehors du plan établi pour survivre. À rebours, certains entrepreneurs peuvent se contenter de gérer une situation de paix. Google domine tellement le marché de la recherche en ligne qu’il peut se permettre de laisser à ses salariés 20 % de temps libre pour des projets personnels.

Comprendre que vos soucis n’intéressent personne

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Faites l’expérience, partagez vos soucis du moment avec un ami ou un proche et vous verrez que la plupart du temps il n’y a que pour vous que le problème est important. Ben Horowitz a réalisé cela en voyant un entraîneur de football américain confronté à de nombreuses blessures dans son équipe. Cet entraîneur s’en inquiète auprès du propriétaire du club :

« – Je ne suis pas sûr que nous puissions gagner avec autant de blessés. Que faire ?

– Tout le monde s’en fiche, tu dois juste entraîner l’équipe. »

De fait, quand rien ne va dans l’entreprise, tout le monde s’en désintéresse : médias, mentors, investisseurs, proches… Vous êtes seul avec vos problèmes.

Pourtant, il n’est pas rare d’avoir des situations où la majorité des employés sait que l’entreprise court à sa perte. C’est particulièrement grave quand la culture interne à l’entreprise décourage la propagation des mauvaises nouvelles : chacun se mure dans le silence jusqu’à ce qu’il soit trop tard pour agir.

Sortir de la solitude

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Quand on débute dans l’entrepreneuriat, on est persuadé d’être le seul à rencontrer des difficultés, comme tout est merveilleux dans les articles de presse et les événements pour entrepreneurs. Horowitz souligne qu’à ses débuts au milieu des années 1990 il n’y avait pas à proprement parler d’écosystème entrepreneurial. Aujourd’hui, les entrepreneurs ont de multiples possibilités d’échanger et de se rencontrer que ce soit au travers d’événements ou via les réseaux sociaux.

Soit l’entrepreneur prend les soucis de manière trop personnelle, soit il ne le fait pas assez. S’il n’est pas possible de partager tous ses problèmes avec les autres, cherchez à le faire au maximum. Avant d’ennuyer la terre entière, faites une requête Google et cherchez des pistes de réponse via des tutoriaux ou des forums de discussion.

Plus le souci est grand, plus il est intéressant d’avoir plusieurs cerveaux mobilisés. Il est presque impossible de trouver des conseils avisés quand il s’agit de prendre des décisions difficiles, mais il est très utile d’un point de vue psychologique de discuter avec des personnes ayant eu à surmonter des défis similaires. D’où l’intérêt d’avoir des mentors.

Un autre moyen de sortir de la solitude est de passer par l’écriture. Cela permet de se détacher de soi, de dépassionner les choses et d’avoir un raisonnement logique pour prendre une décision.

Entre cofondateurs, avec le temps, les relations deviennent soit trop tendues pour être tolérées soit pas assez stimulantes pour être productives. Soit la personne va trop loin dans la remise en question des idées de l’autre et les cofondateurs finissent par ne plus s’apprécier. Soit une certaine autosatisfaction s’installe au moment de faire des retours et la relation entre cofondateurs n’est plus enrichissante. C’est à vous de trouver le juste milieu.

Savoir utiliser son courage plutôt que son intelligence

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Pour Horowitz, il ne faut pas seulement savoir ce qu’il faut faire, il faut réussir également à faire en sorte que tout le monde se mobilise autour de votre résolution. Les entrepreneurs qui durent ont souvent la même réponse lorsqu’ils ont un peu de recul sur leur aventure. Ils se reconnaissent en effet la plupart du temps une seule vertu : ne pas avoir quitté le navire.

Dans beaucoup de situations, l’entrepreneur doit s’en remettre à son instinct. Dans ces moments-là, il faut chercher à être le plus superficiel possible au sens de Nietzsche, en envisageant les choses froidement. S’inquiéter inutilement conduit à se perdre en vaines explications et à rendre encore plus complexe le problème à résoudre. Il arrive un stade où il faut faire sienne la réplique de Prospero dans La Tempête de Shakespeare : « Toute hésitation devrait être mon tombeau ».

Rester focalisé sur le chemin que l’on souhaite prendre

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Pour Horowitz, un bon entrepreneur est celui qui sait prendre une décision quand tout ce qu’il aurait envie de faire est de fuir loin des problèmes. Il arrive des situations où il faut trouver une décision potable quand il n’y a que des mauvais choix à faire. C’est à ce moment-là qu’un entrepreneur peut réellement faire la différence.

Ensuite, il faut tenir en place. Les Allemands ont un mot pour cela : sitzfleisch. C’est la victoire que l’on obtient à force de rester assis à travailler. Avec le recul, les développeurs de Loudcloud et Opsware se souviennent avec émotion des six mois de mobilisation sans relâche (sept jours sur sept, de 8 heures du matin à 10 heures du soir) qu’il a fallu pour bâtir un meilleur produit.

Horowitz aime également ajouter à l’ordre du jour des réunions une partie intitulée : « qu’est-ce que nous ne faisons pas ? ». Il est en effet fort probable que certaines tâches très importantes pour l’avenir de votre entreprise ne sont pas sur votre agenda. Se poser la question permet d’identifier des missions sur lesquelles il faut travailler en priorité. Il est de fait très facile de passer son temps à évaluer et à améliorer l’existant en perdant de vue des enjeux essentiels.

Enfin, au lieu de se perdre à vouloir régler tous les problèmes rencontrés par l’entreprise, il est bon de garder en tête le chemin que vous souhaitez prendre. Focalisez-vous sur la route, pas sur les obstacles. Si vous demandez la route au mur, il y a fort à parier qu’il vous dira d’aller tout droit. Donnez au destin une destination au lieu de chercher à éviter les obstacles.

Utiliser toute la richesse de son parcours

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Ben Horowitz achève son livre en soulignant combien les éléments les plus singuliers de son parcours personnel ont nourri de manière décisive sa manière de prendre des décisions. Il incite à cultiver des passions et à être une éponge par rapport à toutes les idées que l’on peut rencontrer. C’est le meilleur moyen de créer des liens inattendus entre vos butinages intellectuels et les situations que vous rencontrez. Horowitz évoque ainsi à plusieurs reprises comment le visionnage de certains films l’a aidé à trouver une solution à des problèmes internes.

Pour aller plus loin

Pour poursuivre vos réflexions, nous vous conseillons de suivre la formation en ligne Entreprendre, changer de vie.

1 réponse
  1. anickgb dit :

    J’ai trouvé très intéressant votre article, je trouve que vous avez su clairement expliquer les grands enseignements de ce livre que je m’empresse d’ajouter à ma wishlist. Merci!

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