Concilier rêves et vie professionnelle est un long chemin, même dans l’entrepreneuriat. Comme fondateur d’une entreprise, on essaie de décider comment on va passer quelques années de sa vie à travailler sur un projet. L’utilisation des méthodes lean doit permettre de gagner du temps pour ne pas gâcher sa vie à construire quelque chose dont personne ne veut.

Pourtant, de nombreux entrepreneurs utilisent désormais le lean startup comme une excuse pour monter leur entreprise sans aucune vision. Après tout, les barrières technologiques n’ont jamais été aussi faibles et on peut commencer à vendre en ligne sans connaissances techniques particulières et sans investissement initial.

Mais sans vision, il est difficile de tenir dans la durée et de résister à l’influence des clients, des investisseurs, des concurrents, de la presse ou de votre beau-frère. Il paraît donc essentiel de se poser régulièrement quelques questions clés pour ne pas perdre pied et ne pas laisser aux autres décider de votre agenda dans la vie.

Concilier rêves et vie professionnelle

Concilier rêves et vie professionnelle

Ce que vous faites bien

Il convient de partir de vos qualités professionnelles et personnelles. Plusieurs questions peuvent vous aider à identifier le socle sur lequel vous allez pouvoir construire votre idée de business :

  1. Sur quels sujets vos amis, vos proches et vos collègues vous demandent régulièrement conseil ?
  2. Comment est-ce que vous aimez vous rendre utile auprès des autres ?
  3. Quels sont les services que vous aimez rendre gratuitement ?
  4. Qu’est-ce que vous êtes le seul à pouvoir créer ?
  5. Qu’est-ce qui vous paraît facile à faire alors que la plupart des gens trouvent cela compliqué ?

Pensez au plaisir que vous prenez dans certaines activités au quotidien, en particulier à toutes les choses où vous mettez un soin particulier à exceller. Les Allemands utilisent le mot de funktionslust pour parler de cette joie à faire quelque chose pour le simple plaisir de le faire avec art et minutie.

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Ce que vous pouvez être payé pour faire

Le plus difficile quand on crée son entreprise est de réaliser que personne ne vous attend. Vos rêves ne vont pas se réaliser uniquement parce que vous avez du talent. Comme on le dit souvent, si le marché n’existe pas pour votre offre, peu importe que vous soyez le plus brillant.

Si vous voulez vivre comme vous l’entendez, il va falloir fournir beaucoup d’efforts. Deux questions clés peuvent vous aider à identifier ce que vous pouvez être payé pour faire :

  • Le plus évident est de partir de ce que vous aimez dans votre travail actuel ou dans vos expériences professionnelles précédentes. Vous pouvez aussi réfléchir à ce que vous aimeriez faire davantage. En effet, si vous savez que vous pouvez être payé à l’heure actuelle pour quelque chose que vous aimez faire, alors c’est une opportunité pour la suite de votre aventure. Songez à tous les anciens salariés qui se lancent dans le conseil en utilisant leur spécialité antérieure.
  • La deuxième approche consiste à cesser de penser votre rémunération en termes de salaire, mais plutôt comme addition de sources de revenus variés. A partir de votre entourage ou de la presse, identifiez des exemples de personnes qui réussissent à trouver de nouveaux moyens de gagner de l’argent ou d’arrondir leurs fins de mois. Évitez tous les sites qui vous vendent monts et merveilles, autant rester fidèle à la Française des Jeux si vous aimez les promesses en l’air, mais apprenez à observer la manière dont certains saisissent des opportunités pour se faire payer.

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Ce que vous voulez faire

Partez là encore de quelques questions simples :

  1. Qu’est-ce que vous lisez sur votre temps libre, qu’est-ce qui vous intéresse quand vous passez du temps sur internet ?
  2. Quels sont les domaines que vous aimez évoquer avec vos amis dans vos discussions ou les choses que vous partagez volontiers par mail ?
  3. Qu’est-ce qui vous rend jaloux dans les réalisations personnelles de vos amis et collègues ? Pensez à tous les moments où vous vous dites que vous aimeriez faire la même chose en apercevant une photo sur Instagram, un post sur Facebook ou un statut sur LinkedIn.

C’est une chose d’être excité le premier mois quand on a l’esprit en ébullition et que les possibilités semblent infinies. On éprouve un plaisir malsain à se sacrifier quelques semaines pour finir son business plan, on s’amuse de devoir manger des pâtes bon marché et de ne pas dormir beaucoup. On lance son offre, plein d’entrain. Et là il ne se passe rien.

Évidemment, on ne fait pas grand-chose les semaines suivantes comme l’enthousiasme est retombé. Et c’est un cercle vicieux jusqu’à l’abandon prématuré du projet. On rencontre souvent des entrepreneurs au visage fatigué, au corps avachi, comme s’ils portaient sur leurs épaules tout le poids de leur société.

Le chemin est difficile, donc autant se focaliser sur ce que vous voulez faire de votre temps à ce moment-là de votre vie. Il faut que votre vision soit suffisamment forte pour persévérer assez longtemps, jusqu’à ce que votre offre rencontre son marché.

Ensuite, à posteriori, on réalise que les choses s’arrangent toujours et que la difficulté fait partie de l’apprentissage. C’est même ce qui rend l’aventure entrepreneuriale digne d’être vécue. Simplement il faut une vision d’ensemble pour pouvoir garder la tête froide quand les mauvaises nouvelles s’accumulent.

C’est certain que vos centres d’intérêt évolueront dans le temps, mais en partant de ce que vous voulez faire aujourd’hui, vous vous assurez une certaine patience vis-à-vis de vous-même et des autres. Surtout, plutôt que de surinterpréter toute forme de rejet ou de critique, vous avez le luxe d’éprouver ce que les Bouddhistes appellent prajna, c’est-à-dire d’accepter les choses comme elles viennent.

Une fois que vous savez ce que vous faites bien, ce pourquoi vous pouvez être payé et ce que vous voulez faire, on aboutit aux trois cercles décrits dans l’infographie de Bud Caddell. Tout l’objectif maintenant pour concilier rêves et vie professionnelle est d’augmenter peu à peu la taille de la zone où les trois éléments du problème sont réunis.

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Apprendre à monétiser

Si vous voulez faire quelque chose et que vous êtes bon dans ce domaine, sans avoir l’impression de pouvoir être payé pour cela, il faut que vous appreniez à monétiser.

Outre le conseil, l’enseignement est une bonne manière de gagner de l’argent avec ce que vous aimez faire. Il n’y a rien de plus valorisant que de transmettre sa passion pour quelque chose. Comme disent les lecteurs de Gandhi, le meilleur moyen de se trouver est de se consacrer au service des autres.

Certains chiffres peuvent paraître décourageants pour ceux qui veulent concilier rêves et vie professionnelle. Près de la moitié des micro-entrepreneurs ne déclare aucun chiffre d’affaires d’un trimestre à l’autre. Un quart des micro-entrepreneurs gagne moins de 500 € par mois. Les blogueurs français gagnent en moyenne 300 € par mois.

Mais il faut absolument éviter de penser que ce que vous gagnez est trop faible pour faire la différence. Quelques centaines d’euros par mois font des milliers d’euros à la fin de l’année. Si vous gagnez cette somme en travaillant quelques heures par semaine, imaginez combien vous pourriez gagner en vous y consacrant à temps plein. Même les maigres sources de revenus complémentaires ont du potentiel car elles représentent de nouvelles opportunités pour vous. Ainsi, vous apprenez au fil du temps à mieux évaluer le prix de votre travail et à voir d’autres possibilités de revenus.

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Apprendre à dire non

Si vous êtes bon dans quelque chose et que vous pouvez être payé pour cela, mais que vous n’aimez pas le faire, vous devez apprendre à dire non.

Pour les jeunes entreprises qui ont du mal à boucler les fins de mois, il est tentant d’accepter des contrats pour faire rentrer de l’argent à court terme. On s’improvise consultant en réseaux sociaux, développeur d’applications mobiles, etc. C’est un bon réflexe de monétiser ses compétences, mais au bout d’un moment il faut apprendre à refuser ce qui vous éloigne de votre but premier.

En effet, comme on sait que l’on est bon et que l’on peut être payé, il est aisé de s’installer dans un certain confort et de ne faire plus que cela. C’est un peu la théorie de « la frite en plus » chère à Seth Godin. Vous savez, ce rab que vous ne pouvez pas refuser à votre hôte car c’est trois fois rien et qu’on a toujours de la place pour quelques frites supplémentaires. Sauf qu’à force, vous ne faites plus rien d’autre.

Or, comme le répète souvent Steve Blank, une start-up est une organisation qui cherche un business model répétable et extensible. Chaque mot est important dans cette définition pour séparer les choses essentielles du secondaire. Certes, à court terme, il peut être intéressant de convaincre un par un les clients, ne serait-ce que pour assurer des rentrées d’argent. Mais à long terme, il ne faut pas que vous soyez détourné de l’objectif principal qui reste de trouver un modèle de revenus répétable peu importe le nombre de clients à servir.

Vous voyez bien que le conseil et l’enseignement sont limitants de ce point de vue. Vous ne pouvez pas vous dédoubler quand votre modèle de revenus est de facturer à l’heure une prestation de service.

Avec le temps, vos priorités évolueront aussi. Au lieu de gagner un peu plus d’argent, peut-être que vous serez surtout soucieux d’avoir du temps pour vous. Comme le souligne l’essayiste Emerson, « être soi-même dans un monde qui cherche en permanence à faire de vous quelqu’un d’autre est la plus grande des satisfactions ».

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Apprendre à s’améliorer

Si vous aimez faire quelque chose et que c’est une source potentielle de revenus, mais que vous n’êtes pas très bon, vous devez faire en sorte de progresser.

J’aime beaucoup la phrase qui veut que personne ne sache rien à priori de tel ou tel business. Comme je le rappelle régulièrement, les entrepreneurs qui se lancent ne construisent pas un produit ou un service. Ils construisent un outil pour apprendre quel produit ou service offrir. C’est le but premier de la méthode lean et le meilleur moyen de s’améliorer à mesure que l’on avance vers un modèle de revenus viable.

Sur un plan plus individuel, l’entrepreneur doit avoir pour ambition d’exceller dans tout ce qu’il lance. Chaque compétence nouvellement acquise vient servir une vision plus vaste de la réalisation de soi au travers de la création d’entreprise. C’est pour cela qu’il est si important de cultiver son jardin en apprenant des choses nouvelles et en restant toujours curieux.

Après tout, passer trois mois pour apprendre à créer un site est peu de choses au regard de l’avantage retiré dans la durée. C’est toujours plus rapide que de perdre six mois avec un prestataire technique peu recommandable.

En somme, prenez régulièrement le temps de vous poser quelques questions essentielles :

  • Est-ce que je m’amuse dans mon travail ?
  • Est-ce que j’apprends des choses et m’améliore comme professionnel ?
  • Est-ce que mon travail est financièrement satisfaisant, à court et long terme ?
  • Est-ce que j’ai l’impact que je souhaite avoir sur le monde qui m’entoure ?
Pour aller plus loin

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