Constituer une équipe minimum viable pour sa startup permet de ne pas perdre des mois à chercher le cofondateur idéal. Il s’agit de s’efforcer de trouver des bonnes volontés qui ont les compétences qui vous manquent et un peu de temps pour vous aider à démarrer votre aventure.

Comment constituer une équipe minimum viable pour sa startup ?

Comment constituer une équipe minimum viable pour sa startup (9)

Dépasser le stade de l’idée de business

Le pire qui puisse arriver à l’aspirant entrepreneur est d’en rester au stade de l’idée de création d’entreprise. On caresse l’idée d’entreprendre, et on ne franchit jamais vraiment le pas.

Il faut à tout prix relativiser le rôle de l’idée de business. Il n’est pas rare d’être sollicité par des aspirants entrepreneurs qui ont passé des mois à peaufiner leur étude de marché et à travailler sur leurs idées au travers d’un business plan.

Hélas, quand on commence à les questionner sur ce qu’ils ont fait concrètement, on réalise qu’ils en sont restés à des raisonnements abstraits et à des hypothèses. Même si leur analyse peut parfois traduire une connaissance extrêmement vaste du marché où ils souhaitent se lancer, ils n’ont pas osé se risquer à rencontrer des clients potentiels, des partenaires éventuels ou à bâtir une première version de leurs produits ou services.

C’est contre cette tendance à construire des châteaux en Espagne que nous avons lancé une méthode spécifique pour construire un business plan. La recherche de cofondateurs est au cœur de cette démarche pour passer progressivement du doux rêve d’entreprendre à la réalité de l’entrepreneuriat.

Passer à l’exécution avec une équipe minimum viable

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Il faut comprendre la différence entre l’équipe idéale et l’équipe minimum viable. Si on prend une comparaison avec le football, d’un côté vous avez la sélection de Didier Deschamps pour le mondial 2018. C’est l’équipe idéale, le sélectionneur a eu tout loisir de voir avec qui cela pourrait marcher.

De l’autre, vous avez l’équipe intérimaire chargée d’assurer la transition à Manchester United après le renvoi de David Moyes. Ce n’est pas un hasard si l’équipe minimum viable trouvée par Manchester est constituée de Ryan Giggs et d’anciens coéquipiers de la génération 1992 : on a fait au mieux pour trouver les compétences essentielles dans une situation de crise. Le but est de redonner confiance à l’équipe et de rassurer les supporteurs.

Pour reprendre la définition de Franck Nouyrigat et Marc Nager, une équipe minimum viable est un groupe de personnes capable d’exécuter une idée de business.

L’exemple type est celui des week-ends de création de start-ups. Le vendredi soir, les différents porteurs de projets viennent présenter leur idée. Un vote a lieu et les différents participants s’agrègent en équipes autour des projets choisis. Personne ne se connaît, mais on apprend à travailler ensemble pendant 72 heures avec l’ambition d’arriver le dimanche soir à une première version du produit ou du service.

Plus généralement, s’interroger sur la constitution d’une équipe minimum viable revient à résoudre les trois problèmes suivants :

  1. Est-ce que mon équipe est la plus petite possible ? Le principal défaut des week-ends de création start-ups est de se retrouver à huit personnes sur un projet alors qu’en réalité au-delà de trois cofondateurs c’est rapidement le bazar.
  2. Quelles sont les idées de business que vous pouvez développer en partant des compétences de chacun des membres de l’équipe ? C’est une manière très efficace de se lancer dans la création d’entreprise. On le retrouve souvent chez des amis qui décident de faire quelque chose ensemble.
  3. Que faut-il ajouter ou enlever comme compétences pour avoir une équipe minimum viable ? Il n’est peut-être pas nécessaire d’avoir deux cofondateurs avec un profil business si vous devez essentiellement faire du développement technologique dans les premières semaines ou les premiers mois d’activité.

Trouver des cofondateurs potentiels

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Il est important d’être méthodique et de savoir précisément ce que vous voulez trouver chez vos cofondateurs. Souvent, on me sollicite avec des étiquettes standardisées : un commercial, un développeur, etc. En creusant, on réalise que la personne n’a aucune idée de ce qu’il recherche de manière précise. Alors on part à la pêche, en espérant rencontrer le cofondateur rêvé.

Avant de partir en quête d’un cofondateur, vous devez avoir pris le temps de réfléchir à ce que vous savez faire. Il va falloir du temps pour donner vie à votre projet, donc il n’est pas inutile de passer quelques semaines à étudier ou apprendre les bases de quelque chose déterminant pour la suite de votre aventure. Cela augmentera votre confiance en soi et vous rendra crédible au moment de présenter votre projet à d’autres. Au pire, si vos recherches n’aboutissent pas, vous serez devenu la personne dont les compétences vous faisaient tellement défaut.

Il faut développer un portrait assez précis de la personne que l’on recherche. Ensuite, ce portrait-robot doit orienter votre choix des événements où vous allez, des anciennes connaissances que vous décidez de revoir, des mentors que vous sollicitez pour une mise en relation. Les développeurs traînent dans des événements pour développeurs, idem pour les designers.

80% du succès est d’être présent à l’événement disait Woody Allen. Vous pouvez vous donner des objectifs pour faire un minimum de rencontres chaque mois. Chaque rencontre doit être l’occasion pour vous de pitcher votre projet et d’avoir des retours. Ce n’est donc pas du temps perdu. Vous devez avoir un pitch pour vous présenter mutuellement, interroger les motivations de l’autre, connaître ses compétences. Cela suppose de maîtriser un peu le domaine de votre interlocuteur, notamment pour définir votre besoin auprès d’un développeur.

Ne commencez pas votre discussion en cherchant à ferrer l’autre personne. Il est plus simple pour tout professionnel de donner un premier avis sur un projet ou de passer deux heures à discuter d’un plan d’action plutôt que de dire tout de suite oui à un an de galère avec un inconnu. Les choses se feront progressivement si elles doivent se faire, comme dans toute aventure qui engage plusieurs personnes.

Regardez Les Miller, une famille en herbe pour comprendre l’idée. Pour récupérer une cargaison de drogue au Mexique, David décide de partir en camping-car et de former une famille factice en sollicitant une strip-teaseuse pour jouer sa femme et deux ados paumés pour faire les enfants. On ne donne pas cher de l’association quand les premières difficultés arrivent, pourtant chaque personnage apporte ses compétences à l’entreprise et l’équipe devient inséparable.

Si vous êtes dans un endroit isolé, sachez que l’on peut très bien former une équipe minimum viable sans jamais se voir et en échangeant uniquement sur Internet. Je l’ai fait à l’adolescence et je n’ai rencontré les trois personnes avec qui je travaillais à distance qu’au bout d’un an. Cela se faisait beaucoup à la fin des années 1990 à l’époque où on s’associait entre passionnés pour fonder des projets, sans s’intéresser le moins du monde à l’argent que cela pourrait générer à plus ou moins long terme. C’est l’histoire du site Jeuxvideo.com fondé en 1997 à Aurillac dans le Cantal par exemple :

« Et même si nous échangions quotidiennement des messages électroniques, nous ne nous étions encore jamais rencontrés ! Inutile de vous dire que ce projet était pour mon expert-comptable à peu près aussi exotique que s’il s’agissait de fonder une compagnie pétrolière au milieu des volcans d’Auvergne ! Et l’idée qu’une société puisse être créée par trois personnes qui ne s’étaient jamais rencontrées, c’était probablement la première fois qu’on le lui faisait, ce coup-là ! » Sébastien Pissavy, Jeuxvideo.com : Une odyssée interactive.

La prime aux exécutants

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Une fois que vous avez réuni votre équipe minimum viable, vous pouvez commencer à fixer des échéances régulièrement. Ce n’est pas comme dans la chanson du film La grande aventure Lego : « Everything is awesome/Everything is cool when you’re part of a team/Everything is awesome, when we’re living our dream ». L’écrémage entre cofondateurs potentiels se fera sur la capacité des uns et des autres à produire le travail sur lequel ils se sont engagés dans les délais. Vous pourrez voir assez vite qui tient ses promesses et qui s’imagine entrepreneur sans s’en donner les moyens.

Plusieurs éléments doivent retenir votre attention dans les premières semaines de collaboration :

  • Notez soigneusement les petites choses qui vous agacent chez vos cofondateurs, car ces éléments ont tendance à grandir avec le temps et à prendre une place considérable dans votre esprit dans les moments de crise.
  • Apprenez à repérer la capacité des uns et des autres à abattre le travail ou au contraire leur faculté à se laisser distraire par des choses secondaires, des réunions ou des événements. Jeff Bezos parle d’athlètes pour qualifier les managers capables de réaliser de gros blocs de travail rapidement.
  • Repérez si l’équipe est rapide dans l’exécution ou si des choses simples prennent un temps infini à être faites.
  • Voyez si vous avez du plaisir à travailler avec vos cofondateurs ou si cela vous rappelle les pires heures de l’open space.

Se mettre d’accord à l’avance

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Si le travail avance bien et que l’entente se crée, il est toujours temps de discuter à l’avance des principaux points de blocage qui pourraient conduire à un divorce entre cofondateurs à l’avenir.

Le fondateur de Jeuxvideo.com, Sébastien Pissavy, résume l’essentiel :

« Pour finir, et c’était certainement le plus important, nous avions décidé de fixer dès cet instant l’ordre d’embauche et le salaire de départ de chaque associé. Ainsi, il était prévu que je serais embauché le premier, en tant que gérant. François s’était déclaré intéressé par un emploi à mi-temps, de même que Stoub, mais à plus long terme, étant toujours étudiant à ce moment-là.

En général, les disputes entre associés résultent de choses non fixées au départ concernant ces questions : Qui fait quoi ? Que fait l’entreprise ? Quelle est la répartition des rôles ? L’argent : les salaires, les prises en charge de frais professionnels… Si tout cela est fixé dès le début de l’aventure, il n’est pas nécessaire d’en débattre ultérieurement, ce qui évite de possibles tensions entre associés et les pertes de temps en palabres. » Sébastien Pissavy, Jeuxvideo.com : Une odyssée interactive.

Pour aller plus loin

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