Caroline Dijon et Julie Bernier / Citron Plume : « Grandir avec de jeunes projets »

Créée en novembre 2012 par Caroline Dijon et Julie Bernier, Citron Plume est une agence de relations presse qui s’est fait un nom ces derniers mois en accompagnant des groupes de musique en devenir, l’humoriste Patson et la marque de casques audio haut-de-gamme Aëdle. Caroline Dijon et Julie Bernier reviennent sur leur aventure, les spécificités des lancements de produits pour les startups et l’évolution de leur métier.

citronplume

Que propose Citron plume ?

Julie : Nous sommes deux attachées de presse et nous nous chargeons de faire connaître nos clients aux journalistes. Il s’agit de faire parler de créations pour des artistes ou de services et produits pour des entreprises, des start-ups et des associations.

Citron Plume élabore des stratégies de communication en fonction des cibles et des objectifs de nos clients. Nous préparons également les clients aux questions qu’ils sont susceptibles de se voir poser par les journalistes, pour éviter certains pièges notamment.

Rédiger des outils de communication (communiqués de presse, dossiers de presse, invitations) et mettre en place des événements presse font partie de nos missions. Les journalistes apprécient de découvrir en avant-première dans un cadre privilégié créations, entreprises et nouveaux produits.

Un contact qualifié sera plus facile à convaincre : il faut, dès le premier contact, savoir identifier les journalistes les plus susceptibles d’être intéressés par le sujet. Pour un groupe de rock par exemple, il convient d’aller chercher des journalistes spécialisés dans le domaine.

Une fois le message envoyé par mail, on passe beaucoup d’appels pour réussir à intéresser les journalistes car ils sont énormément sollicités. On essaie donc de faire des choses originales pour les attirer.

Ensuite, il y a tout un travail de veille pour quantifier les retombées médias. Cela nous permet de faire un bilan auprès de nos clients.

Caroline Dijon et Julie Bernier

Caroline Dijon et Julie Bernier

Comment s’est faite la rencontre entre vous deux ?

Caroline : Nous étions toutes les deux attachées de presse au service de presse de France 3, pour ma part, sur les divertissements et le spectacle vivant. Après trois ans chez France 3, c’était le bon moment. C’est plus motivant de se lancer ensemble, on a la possibilité d’avoir l’avis de quelqu’un d’autre en permanence.

Julie : Le déclic a eu lieu sur le tournage des 40 ans des Chiffres et des Lettres ! On s’est serré la main après avoir discuté de nos projets et on s’est dit : « c’est parti ?! ». On est complémentaires, nous n’avons pas le même caractère mais on s’entend très bien. On a la chance de pouvoir être amies et de travailler très bien ensemble. Seule, j’aurais eu beaucoup plus de difficultés à me lancer. C’est mieux d’être à deux pour se motiver les journées d’hiver ou les après-midis d’été.

On pensait aussi que l’aventure indépendante était plus intéressante pour nous. C’est motivant de se lever le matin en se disant que l’on va prospecter pour soi-même. Cela permet de travailler sur des projets qui nous parlent et dans lesquels on peut s’investir en termes de temps. Quand on travaille chez un annonceur, en particulier dans les médias, toutes les semaines il y a de nouveaux programmes et on n’a pas le temps d’approfondir.

Maintenant qu’on a notre propre clientèle, on a le temps de comprendre leurs objectifs et de trouver un angle de différenciation.

Caroline : C’est aussi un moyen de travailler avec des clients qu’on aime bien, de s’investir davantage dans leur promotion.

Comment avez-vous trouvé vos premiers clients ?

Caroline : Nous avons fait du relationnel à partir de nos réseaux bâtis à France 3 essentiellement, des amis nous ont aidé, le bouche-à-oreille a fait le reste. Nous avons aussi fait de la prospection sur les réseaux sociaux pour trouver de jeunes groupes de musique et des start-ups à accompagner. On envoie des messages personnalisés sur Facebook par exemple, après avoir repéré ce qui nous plaît et nous semble avoir du potentiel.

Julie : Nous voulons grandir avec de jeunes projets qui nous font confiance.

Comment le projet initial a évolué ?

Caroline : Au départ, par nos parcours et nos formations, nous étions spécialisées sur la culture. Nous avons commencé avec des théâtres, des groupes de musique et des expos.

Julie : Puis, très rapidement nous avons eu l’opportunité de travailler pour la seule marque française de casques audio haut de gamme, Aëdle. Son produit cartonne depuis le début de l’année 2013. Nous les avons accompagnés dans le lancement de leur premier produit et pour l’ouverture de leur première boutique à Paris. C’est ainsi que l’on s’est rendu compte que le milieu des start-ups nous plaisait énormément. Nous avons donc élargi nos compétences aux domaines du high-tech, de l’art de vivre, de l’entrepreneuriat et du lifestyle.

Comment se passe le lancement d’un produit high-tech pour une start-up ?

Caroline : Il y a plusieurs phases de communication et plusieurs objectifs à remplir (faire connaitre l’entreprise, son produit, etc.). Dans le cas d’Aëdle, il y a eu trois sessions de vente de leur produit sur leur site Internet, ce qui a généré l’envoi de communiqués de presse. Nous avons mis en place un système de review (tests de journalistes) pour qu’ils puissent faire paraître des critiques sur le produit. Dans un second temps, pour l’ouverture de la boutique, nous avons organisé une inauguration presse. C’était l’occasion pour les journalistes de découvrir physiquement à la fois le casque, la boutique et de rencontrer personnellement les fondateurs de la start-up.

Nous avions en amont eu des réunions avec les créateurs pour affiner la stratégie de communication.

Julie : Ce lancement fut très intéressant car il s’agissait non seulement de toucher la presse technophile et audiophile mais également la presse lifestyle, design et entrepreneuriale.

Il y a actuellement beaucoup de jeunes start-ups sur le marché, tous secteurs confondus. Lorsque nous entamons une collaboration, nous nous attachons à faire ressortir l’originalité du produit, de l’entreprise afin de convaincre le journaliste et pourquoi pas, à travers la presse, de séduire pour la marque des investisseurs potentiels.

Inauguration de la boutique Aëdle, 18 rue Charlot à Paris

Inauguration de la boutique Aëdle, 18 rue Charlot à Paris

Comment conciliez-vous le travail traditionnel auprès des journalistes avec celui qui consiste à sensibiliser les blogueurs influents ?

Caroline : Pour un journaliste, le choix de rédiger ou non un article est souvent conditionné par la ligne éditoriale du support pour lequel il travaille, des décisions qui ont été prises en conférence de rédaction. Un produit, une marque peut lui plaire, ce n’est pas pour autant qu’il en fera un article dans l’immédiat. En revanche, lorsqu’un journaliste se déplace sur un événement, ou que le produit, la start-up est en cohérence avec un sujet qu’il doit développer, il fera peut-être plus facilement un papier.

Le blogueur quant à lui est seul décisionnaire de ce qu’il publie sur son blog. Il se déplacera peut-être plus facilement qu’un journaliste mais il est impossible d’avoir l’assurance qu’il fera un papier. Il fonctionne également beaucoup à l’affect.

Pour les groupes de musique, les artistes, on travaille énormément avec des blogueurs.

Cependant, nous essayons dans les deux cas de personnaliser et d’adapter notre approche par mail ou par téléphone.

Julie : Une grande partie du travail est de tisser des relations dans la durée pour savoir ce qui est susceptible d’intéresser tel ou tel influenceur, qu’il soit journaliste ou blogueur.

Comment voyez-vous l’évolution du métier d’attaché de presse avec Internet et les réseaux sociaux ?

Julie : Nous avons remarqué que pour certains attachés de presse seniors, il était difficile de concevoir que le métier d’attaché de presse évoluait et qu’il fallait aujourd’hui réussir à communiquer à la fois en direction de la presse traditionnelle mais également via les nouveaux vecteurs de communication issus du web. Nous avons la chance d’avoir grandi avec ces outils, de les maîtriser très bien dans notre vie personnelle et de réussir à les adapter à nos missions professionnelles.

Caroline : Il y a énormément de produits et de services qui naissent et se développent grâce à internet. Avant même d’être produit, l’image du casque Aëdle a fait le tour du web et a pu être vue dans le monde entier. La presse évoque plus rarement les projets encore en phase de création.

Julie : La proximité est plus grande entre la marque et ses fans sur les réseaux sociaux également. Tout va très vite aujourd’hui, il faut maîtriser l’image qui se diffuse sur les réseaux sociaux et chercher à développer sa notoriété via les relais classiques de la presse.

C’est du reste assez amusant, car de plus en plus il faut justifier d’un certain nombre de fans sur les réseaux sociaux pour commencer à intéresser les journalistes, notamment dans la musique. Un internaute lambda aura le même raisonnement, il lui faudra constater un minimum de crédibilité sur les réseaux sociaux pour s’engager à soutenir telle ou telle marque.

Aëdle - VK-1

Aëdle – VK-1

Comment mesurez-vous l’efficacité de votre travail ?

Julie : Nous avons une obligation de moyens, pas de résultats. Nous mettons tout en œuvre pour faire parler de la marque et qu’il y ait des retombées presse. Même en y passant des mois, il arrive que le résultat soit minime.

Caroline : Et à l’inverse, une seule retombée peut parfois entraîner de nombreux autres articles.

Et en termes de ventes ?

Julie : C’est difficile de mesurer l’impact d’une recommandation dans la presse sur les ventes. Cependant, pour les audiophiles nous avons constaté que les avis dans la presse spécialisée sont très importants. Il en est de même dans les autres secteurs.

Caroline : La presse permet de développer sa visibilité, son image de marque et de séduire de potentiels nouveaux consommateurs. Une publication par un blogueur influent pourra avoir un réel impact sur les ventes. En effet, un blogueur reconnu a aujourd’hui un rôle très important de prescripteur. Mais les ventes liées aux parutions restent difficiles à quantifier.

Quels sont les moments d’excitation pour vous ?

Julie : La retombée presse (dans GQ par exemple ou un reportage sur une grande chaîne) ! Tu as la satisfaction d’avoir décroché quelque chose d’important en termes de visibilité et le plaisir de l’annoncer à ton client. Nous accompagnons pour des projets qui nous plaisent donc c’est vraiment une très grande joie. Il y a aussi le fait de signer de nouveaux clients, de travailler ensemble et d’être indépendantes.

Quelles ont été vos erreurs et les pertes de temps ?

Julie : C’est dur de travailler pour un projet dans lequel on croit et de ne pas réussir à intéresser un journaliste, car on n’a rien ou très peu de retombées à présenter au client dans ce cas. Nous faisons face à des refus et ne réussissons pas à transformer le contact en parutions. Cependant, il est important de pouvoir expliquer au client ce qui n’a pas séduit ou pourquoi le sujet  n’a pas été retenu.

Caroline : Il y a beaucoup de prospects que l’on rencontre, avec qui on passe du temps, et au final rien n’est signé avec eux.

Julie : Comme toute jeune structure, nous avons commencé avec des prix défiants toute concurrence pour nous faire des premières références. Avec le recul, on a passé énormément de temps sur des projets peu rémunérateurs. D’un côté, c’est dévaloriser notre travail : tout travail mérite salaire. De l’autre, cela conduit à sous-estimer l’importance des relations presse et le temps que l’on passe sur chaque projet. Cela fait partie de nos erreurs, mais quelque part c’était le seul moyen d’avoir la confiance de quelques clients pour pouvoir démarrer l’activité.

Comment faire pour convaincre une start-up d’avoir un budget pour les relations presse ?

Caroline : Il nous arrive de rencontrer un décideur au bon moment : les clients sont déjà sensibilisés vis-à-vis de notre travail via des connaissances ou le bouche-à-oreille. On met en avant les retombées presse que l’on a pu avoir avec d’autres clients et on explique notre démarche.

Julie : Tout jeune entrepreneur sait qu’un article de presse est une source de crédibilité en plus de faire la fierté de toutes les personnes associées à la création du projet. On ne peut pas se baser uniquement sur les réseaux sociaux pour se faire connaître, surtout pour toucher certains types de consommateurs.

Comment avez-vous bâti votre offre ?

Julie : Nous avons rencontré un attaché de presse qui nous a à demi-mots informées des prix pratiqués. Aucune de nous deux n’avait travaillé en agence auparavant, donc nous avons fait un comparatif grâce à plusieurs de nos connaissances. Les prix publiés sur Internet ne reflètent pas la réalité de ce qui est pratiqué sur le marché. Mais nous avons réussi à mettre au point notre propre grille tarifaire.

Dans le cadre d’événements ponctuels (concert, exposition, sortie d’un produit, etc.), nous partons en général sur une durée minimum de trois mois. Pour les événements, on va définir une durée en amont surtout et un peu après pour faire la revue de presse.

Un humoriste par exemple, un groupe de musique ou une start-up peut aussi nécessiter un accompagnement toute l’année, en fonction de ses dates de spectacles, de ses actus.

Pour les start-ups, travailler dans la durée est plus intéressant et pertinent car les lancements de produits s’enchaînent assez vite généralement.

Le package de base inclut la rédaction des outils de communication, la diffusion, les relances et la revue de presse. On peut également se charger d’organiser un événement presse (conférence, inauguration), trouver le lieu et un service de traiteur.

Nous fonctionnons surtout en forfaits mensuels, ce qui nous permet d’avoir de la visibilité en termes de chiffre d’affaires.

Quelles compétences extérieures avez-vous sollicité pour monter votre société ?

Caroline : Des connaissances nous ont aidées à mettre au point des devis et des contrats avec certaines clauses. Cela nous permet d’être protégées vis-à-vis d’éventuels impayés.

Julie : J’ai pris des conseils pour apprendre à évaluer un chiffre d’affaires, ce qui nous a aidées pour la grille tarifaire. Le site Internet a été fait par un ami. Nous avons sollicité notre entourage pour le nom et le logo. Pour ce qui relève de la comptabilité, pour le moment c’est relativement simple.

Quels sont les outils que vous utilisez pour faire de la veille ?

Julie : Il existe différents outils payants que nous pouvons mettre à disposition des clients qui le souhaitent, notamment proposés par Kantar Média ou l’Argus de la presse. Sinon, on utilise beaucoup les alertes Google.

Caroline : En général, lorsqu’un journaliste prévoit de rédiger un article, nous sommes informées de la parution. Mais nous avons parfois la bonne surprise de découvrir des articles auxquels on ne s’attendait pas.

Comment vous voyez-vous évoluer ?

Caroline : Nous aimerions avoir nos propres bureaux, dix stagiaires, une vraie agence (rires) ! Même si le budget des relations presse est souvent le premier à être supprimé, je pense qu’on aura toujours besoin de communication et de relations presse. On parle beaucoup d’Internet, mais à mon sens les influenceurs du web et les réseaux sociaux sont très marqués par leur côté éphémère.

Julie : Le défi pour nous est de suivre les derniers supports qui influencent les consommateurs. Il faudra grandir avec les nouvelles entreprises qui vont arriver sur le marché et se tenir à jour des dernières technologies. Les grands médias intègrent de plus en plus le community management à leur stratégie de fidélisation. Nous aimerions donc à terme être en mesure de proposer des compétences sur le community management, car c’est un métier à part, qui complète très bien le travail des attachés de presse.

Pour en savoir plus : découvrez Citron Plume et leur page Facebook.

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